Cher COVID 19 … J’ai du mal à me rappeler exactement comment tout cela a commencé. Pour certains c’est un surement un moment gravé dans leur mémoire, comme une date que l’on n’oubliera jamais et qui fait partie de l’Histoire. Je ne sais pas comment l’analyser : Peut-être que je m’y attendais, peut-être que j’ai réagis comme un bon petit soldat, à qui on a dit de rester chez soi, et qui ne se pose pas de questions mais qui obéit aux règles. Je n’ai pas été dans la réactivité, c’est peut-être ça en fait, j’étais plutôt abasourdit, comme si mon corps agissait mais que mon cerveau était sur pause, comme quelqu’un qui se prendrait une grosse gifle. La première semaine, je n’ai pas arrêté d’écouter et de regarder les informations. Je m’abreuvais de tout ce qui avait un lien, de près ou de loin, avec le Corona Virus, en quête du moindre chiffre à jour, de la dernière prise de parole du gouvernement, des dires d’un spécialiste dont on n’a jamais entendu le nom auparavant. Toutes les chaines diffusaient des « éditions spéciales », même TPMP et la clique de Cyril Hanouna, jusqu’alors plutôt divertissante lorsque l’on a besoin de ne penser à rien, (quoi qu’on en dise) s’est mise en mode « Corona » à nous servir des témoignages et à nous donner son avis à tout-va ! 

Très vite, l’angoisse est montée, les nuits étaient agitées par des nausées et de terribles maux d’estomac. J’ai mis cela sur le compte d’un aliment mal digéré, de ma pilule que je ne devais plus supporter, puis j’ai fini par m’avouer que j’étais terrifiée par ce qui se passait et que je ne pouvais pas contrôler. Alors quand j’ai choisi les jeux de société en famille plutôt que de me jeter sur les informations, lorsque nous avons pris la décision d’éteindre ce fichu poste de télévision, j’ai repris connaissance. Et à ce moment-là, j’ai décidé de me reconnecter avec ce qui me fait du bien, tout ce que j’avais pu laisser en suspend par manque de temps ou d’envie, de prendre les choses comme elles viennent en tentant de voir le côté positif de tout cela. Sans oublier, évidemment, le monde qui m’entoure et qui part à la dérive, ces gens qui souffrent et qui meurent, ceux qui donnent de leur temps et risque leurs vies pour en sauver, pour nous nourrir, ceux qui s’inquiètent chaque jour de voir leurs entreprises couler, etc. Je profite donc de ce temps de pause et de la chance que l’on m’offre : celle de ne pas être touchée par cette putain de maladie.

J’ai bien conscience que, comme dans la vie de manière générale, avec ses inégalités et ses injustices, nous n’avons pas tous le même confinement. Si vous me lisez et que vous ne partagez pas mon point de vue, je vous comprends et ne cherche pas ici à défendre une position, simplement à me libérer d’un poids, en couchant sur papier mon angoisse, mon incertitude, mes questionnements permanents sur l’après …

J’ai un jardin, un enfant en bonne santé, un conjoint présent, un emploi stable dans une entreprise qui continue de tourner et pour lequel je suis toujours payée. Ma famille n’est pas touchée (du moins pas gravement), j’ai de quoi nourrir mon fils, je suis à la campagne (un choix fait il y a 5 ans après toute une vie en région parisienne) avec la possibilité de faire de longues ballades pour sortir un peu de cet environnement anxiogène dans lequel nous évoluons tous aujourd’hui. Donc oui, j’ai de la chance, et c’est ce que je souhaite aujourd’hui garder de cette expérience : ma vie n’est pas parfaite mais elle est belle.

Certains diront que je suis complètement déconnectée de la réalité. C’est sans doute vrai. En campagne, je pense que nous sommes clairement loin d’imaginer ce qui se passe dans les grandes villes, les hôpitaux, etc. Nous avons effectivement la chance de jouir d’extérieurs et de pouvoir se promener en pleine nature. Nous sommes loin des grandes villes et de ce qui s’y passe et j’avoue que je suis choquée d’entendre certains témoignages de mon entourage ! Lorsque ma voisine me raconte que son mari, qui travaille en grande surface sur Dijon, se retrouve face à des gens qui testent les salons de jardins à la vente pendant un temps infini avant de se décider, ou d’autres qui s’arrêtent au rayon presse papeterie pour lire le journal… et puis quoi encore, vous voulez un café avec ça ?! 

A l’heure où j’écris ses lignes, les oiseaux chantent, mon chien dort, paisiblement allongé sur la terrasse, mes voisins profitent de leur temps libre pour faire des travaux et il fait beau. À côté de cela, des gens meurent, des entreprises vont disparaitre, le personnel soignant trime et on les traite comme des héros alors que ça fait des lustres qu’ils réclament un peu d’attention, un traitement à leur juste valeur, plus de moyens … Alors oui, c’est vrai, je suis loin du quotidien de nombreux de Français ! Mais vous savez quoi, plutôt que de culpabiliser, parce qu’il faut le dire nous sommes dans une société qui te fait culpabiliser au moindre faux pas (et en tant que femme et que mère, j’ai de quoi écrire un roman sur le sujet), je préfère réagir et aider, à mon niveau, avec mes moyens, autant qu’il m’est possible de le faire. Alors je continue de faire vivre la petite boulangerie du village en allant y acheter mon pain, même si je rentre en vitesse pour retirer mes vêtements et prendre une douche par peur du « vilain virus », je me fais livrer de la viande par un producteur situé à quelques kilomètres de la maison, j’envoie mon mec chercher des burgers à Dijon alors qu’on est à 15km et qu’on a clairement pas l’autorisation de le faire, pour permettre au restaurant en question de faire un peu de chiffre, j’achète mes fruits et légumes que s’ils viennent de France (chose que je faisais déjà avant !), je me rends dans mon épicerie dijonnaise préférée parce qu’elle favorise le local et que ça valorise les petits producteurs. Dans ces moments là, je me sens utile. Et puis il y a des jours…

Des jours où j’ai envie de rien, où occuper mon fils de 4 ans m’épuise, où j’ai peur pour mes proches, où je me demande comment – et quand – tout cela va se terminer, pourquoi la vie nous impose une telle chose, quelles en seront les conséquences, pourquoi tous ces gens sont-ils morts, que va devenir mon pays que j’aime tant, va-t-on se relever, vais-je finir par l’attraper moi aussi, vais-je mourir de cette maladie, quand vais-je pouvoir revoir mes parents, ma sœur, mes amis, et s’ils contractent la maladie pourrais-je aller les aider, et si mon mec et moi devions-nous faire hospitaliser qu’adviendrait-il d’Arthur (nous n’avons pas de proches ici en Bourgogne) ? Nous vivons tous ces journées de « moins bien », ces moments d’inquiétudes qui sont accentués par le peu de réponses que nous avons, et il faut faire avec. Se dire que ça passera, que demain sera un autre jour et que, pourquoi s’inquiéter aujourd’hui pour des réponses que nous n’aurons que demain ? 

Et puis, finalement, je me rends compte que ces inquiétudes que je viens d’énumérer, sont relatives à des choses essentielles, et que ça fait du bien de se préoccuper d’autres choses que du superficiel qui a l’habitude de rythmer notre quotidien. Le shopping ne me manque pas, cette société de l’instantanéité dans laquelle nous vivons ou les incitations à la (sur) consommation sur les réseaux sociaux non plus !  (j’ai l’impression de voir moins de « regardez mes derniers achats, ma dernière commande, j’ai découvert cette boutique qui vient d’ouvrir il faut absolument que vous y alliez bla-bla-bla …). Je suis en sevrage de tout ça et c’est apaisant parce qu’à la longue je me rends compte que c’est pesant. En voilà un autre point « positif » à tout ça … Aujourd’hui je suis dans un retour à l’essentiel, les différends du passé avec telle ou telle personne me paraissent moins importants, les difficultés rencontrées davantage surmontables. Mes essentiels sont à la maison, en bonne santé, et c’est le principal. 

Je ne suis pas en train de remercier ce « putain de virus » de me donner du temps avec mon fis et de pouvoir profiter de mon jardin. NON. J’avais simplement besoin de me libérer, d’écrire ce que je ressens, de le partager aussi pour connaitre vos sentiments face à cette situation, pour que l’on puisse en discuter ensemble et en toute BIENVEILLANCE, car c’est tout ce dont nous avons besoin aujourd’hui, du respect et de la bienveillance. 

Mes pensées, mon ressentit seront peut-être complètement différents dans quelques jours, une semaine ou une fois le confinement terminé. Peut-être en parlerai-je encore ici … 

Je vous souhaite à tous, que vous soyez en appartement, en maison, en ville, à la campagne, avec ou sans enfants, que vous travailliez ou non, soignants, commerçants, entrepreneurs, restaurateurs, caissiers, pompiers, malades ou en pleine santé, peu importe le confinement que vous vivez, de prendre soin de vous, de vous protéger et d’aller bien ! Bon courage à tous et merci d’avoir tenu jusqu’au bout de mes lignes. 

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